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Afrique du Sud : Le cap, ville de contrastes

J’ai eu la chance de visiter Le Cap en juin dernier. Je souhaiterai partager mon voyage.

L’histoire, de la colonisation à l’après-apartheid, a forgé une ville à la fois belle et dure, mélange de communautés appelées à cohabiter dans l’un des sites les plus spectaculaires de la planète

La route s’éloigne de la côte et de ses stations balnéaires. Des babouins entourent la voiture. Plus loin, des zèbres, des antilopes et des gnous évoluent dans une sorte de maquis, le fynbos. On sent les embruns, le but est atteint: le cap de Bonne-Espérance. Même si le Cap des Aiguilles se trouve plus au sud, la pointe méridionale du continent africain se situe ici, ont décidé les livres de géographie. D’un côté, l’océan Indien; de l’autre, l’océan Atlantique. Deux familles de vagues s’affrontent au pied des falaises sombres. Le vent du large gifle le visage. A gauche, l’Australie, à droite, l’Amérique, en face, l’Antarctique et, derrière, à une quarantaine de kilomètres, grouille une métropole de plus de 3 millions d’habitants.

Vu d’avion, Le Cap paraît tourmenté. La cité passe d’un océan à l’autre et trouve ses marques selon la ligne des montagnes. Au-dessus du chaos urbain, la montagne de la Table domine, éternelle et souveraine, son petit chapeau nuageux couvrant un sommet plat. Les pics isolés de Devil’s Peak et de Lion’s Head veillent sur elle comme des sentinelles. Un cortège d’éperons rocheux, les Douze Apôtres, toise l’Atlantique. En ce lieu, tout a commencé par un naufrage…

Ceux à quoi l’on s’attend, ceux à quoi l’on ne s’attend pas

Dans leur course contre la montre sur la route des Indes, dans leur quête effrénée de denrées précieuses, Portugais et Hollandais n’envisagent nullement de se fixer en Afrique australe. Ce n’est tout au plus qu’une halte obligée pour les marins minés par le scorbut. Les navires se réapprovisionnent en eau potable et en vitamines avant de franchir le cap de Bonne-Espérance, qui jouit encore d’une effroyable réputation. Beaucoup de bateaux s’y échouent, dont le Flying Dutchman, Le Vaisseau fantôme de Wagner, qui réapparaît lors des brouillards d’équinoxe. En 1647, un navire de la Compagnie hollandaise des Indes orientales coule dans la baie de la Table. L’équipage bricole un campement où il vivra un an avant d’être secouru. Plus tard, les autorités bataves aménagent un fort, une jetée, des jardins potagers et des vergers. Chaque année, de 5 000 à 6 000 marins font escale dans la «taverne des océans», surnom de la colonie jusqu’au XVIIIe siècle, formée d’une centaine de maisons couvertes de chaume blotties au pied de la montagne de la Table. L’imposant massif de granit, de schiste et de grès constitue peu à peu une halte accueillante sur la route des Indes. Au début du XIXe siècle, les Anglais s’emparent de cette position stratégique, sorte de Gibraltar de l’océan Indien. Jadis, on s’y arrêtait. Maintenant, on s’y établit.

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Le Cap est multiple, ce qui fait sa singularité. Il y a d’abord ce à quoi l’on s’attend d’une ville coincée entre mer et montagne: une délicieuse combinaison de baies, d’anses et de plages de sable (voir le top 5 des plages du cap sur voyage-afriquedusud.fr). La côte ouest, léchée par l’Atlantique, est ponctuée de villages: Bantry Bay, Clifton, Camps Bay, Llandudno, qui respirent les vacances éternelles comme sur la Côte d’Azur ou à Sydney. La côte orientale, caressée par l’océan Indien, se pare de rubans sablonneux et de stations balnéaires fréquentées jadis par Kipling et Agatha Christie. La température de l’eau fait la différence. Le courant froid de l’Atlantique autorise un bain à 13 °C à Kommetjie. Tandis qu’à 9 kilomètres de là, à Fish Hoek, les baigneurs s’enivrent de l’océan Indien à 20 °C. Chaque communauté trouve ce qu’elle cherche. Sur la côte ouest, les nouveaux riches font leur nid dans des demeures exubérantes avec piscine et vue sur la plage. La côte orientale abrite des retraités britanniques qui fuient l’hiver européen dans de charmantes maisons coloniales et des cabines de bain victoriennes. Le comble du chic reste de vivre éloigné de la mer, couvé par la montagne de la Table.

Les Southern Suburbs (banlieues sud) abritent de vieilles familles anglaises ou afrikaners nanties, qui tiennent à le rester. Les quartiers de Newlands, Claremont, Constantia sont aérés et élégants, comme il convient. On y trouve l’université, le musée du Rugby, le terrain de cricket, des vignobles et de magnifiques propriétés. L’après-apartheid, l’attrait touristique de la destination, la séduction d’un immobilier à prix raisonnable ont aussi suscité une immigration anglaise et mondaine. Mark Thatcher, fils de Margaret, le comte Spencer, frère de Diana, Joan Collins ou Michael Caine rejoignent leurs 100 000 compatriotes expatriés. Les Sabs,supercilious Anglo-Saxon bastards, «maudits Anglais prétentieux», comme on les surnomme ici, jettent leur dévolu sur les Southern Suburbs. Il ne leur viendrait jamais à l’idée de se fixer dans le centre-ville ou dans les Cape Flats, une plaine sablonneuse piquetée de bidonvilles, les townships.

Prisonniers de leurs univers

Le Cap, emmailloté dans un tissu de voies rapides, est aussi et surtout une mosaïque éclatée de planètes impossibles à relier les unes aux autres. Des années après la libération de Mandela, la paresse des esprits et le poids des préjugés se perpétuent. Blancs, Noirs et métis restent prisonniers de leurs univers. L’autre n’a jamais la faveur d’un regard. Une société de surveillance, Chubbs, bâtit son succès dans les quartiers huppés sur un slogan, «Réponse armée», inscrit sur ses voitures balisées. La spirale de la paranoïa et la mauvaise réputation du Cap expliquent qu’on se surprenne à marcher la nuit sur la pointe des pieds.

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Pourtant, derrière l’apparence, la réalité: la ville ne se révèle guère plus dangereuse que Paris. Khayelitscha est une township, une cité de la peur coincée entre océan Indien et route nationale. Un demi-million de Noirs s’y entassent dans des cabanes en tôle ondulée ou des maisons de brique. Lista revendique son état de plus petit bar du monde. Le week-end, une soixantaine de clients emplissent l’espace, une table et quelques chaises. A l’étage, trois coiffeurs proposent une coupe au bol ou en brosse. Vicky’s est un bed and breakfast, une baraque dépourvue d’eau courante mais honorée par l’office du tourisme du Cap. Les mentalités changent lentement. Par insuffisance de transports en commun, les Noirs filiformes sont obligés de marcher. Les Blancs bien portants font du jogging après trop d’heures passées dans leurs véhicules. Que se passera-t-il le jour où les premiers se mettront à courir?  Ici, on préfère ne pas y penser.

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